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J’ai un jour trouvé une définition expliquant que, de nos jours, on appelle Stumpwork toute broderie dont le résultat présente plus d’épaisseur que le chas de l’aiguille servant à la réaliser. Faute de valeur historique, et en réalité plus adaptée à l'ensemble de la broderie en relief qu'au seul Stumpwork, cette définition correspond bien à la diversité de ce que vous trouverez sous ce terme lors d'une recherche dans la documentation existante.
En traduction littérale, the raised embroidery est la broderie soulevée, et le stumpwork, terminologie plus
récente, pourrait être traduit par un travail sur racine (ou souche, ou fondation). Termes assez vagues qui
rassemblent en réalité plusieurs techniques connues depuis la fin du moyen-âge dans une grande partie de l'Europe,
en particulier en broderie ecclésiastique (l'ouvrage ci-contre date du 17ème siècle).
C'est en Angleterre, et par suite en Australie, que ces techniques ont le mieux survécu à l'évolution de ces 2 derniers siècles, ce qui explique le vocabulaire souvent anglophone. Ne nous en plaignons pas trop, car c'est grâce à eux que ces techniques ont survécu hors des musées et nous reviennent riches de modèles variés et modernes.
Mais trêve de considérations sociales et historiques, d'autres vous en parleraient certainement mieux que moi. Je vous invite malgré tout à aller faire un petit tour sur cette page où vous pourrez admirer un ouvrage de 1660 absolument exceptionnel.
La "broderie soulevée", et le stumpwork, comporte donc de nombreux points et techniques, que nous pouvons malgré
tout rassembler en quelques grandes familles :
- L'utilisation de points et fils ayant naturellement un volume important,
- L'ajout de perles et autres babioles s'insérant dans le motif brodé,
- Les rembourrages,
- Les techniques avec armature, généralement de fil de fer.

Nous connaissons toutes des points de broderie présentant naturellement un relief important. Le plus universel d'entre eux est le
plumetis (à gauche), que l'on retrouve dans de très nombreuses régions du monde. Il en existe toutefois beaucoup d'autres,
comme le point de poste, le point de noeud, le point d'araignée, et j'en passe.
Biens connus de beaucoup d'entre nous, ils permettent de réaliser des broderies présentant déjà un relief important, en particulier s'ils sont réalisés avec des rubans, comme c'est le cas ci-contre pour les roses.
Ces techniques ont par ailleurs été développées dans diverses région du monde pour donner naissance à des styles très particuliers. C'est le cas de la broderie brésilienne, mais également de la broderie de Mountmellick, ainsi que de celle de Casalguidi.

Les brodeurs ont toujours souhaité enrichir leurs broderies d'objets et matériaux précieux. Autrefois, les perles,
les pierres, les éléments précieux étaient fixés l'un par un à la toile. Ce n'est par exemple qu'après l'amélioration
des techniques de métallurgie que la broderie a pu utiliser cannetilles et fils d'or.
Si ces techniques ont perduré en "broderie d'or", elles ont été transformées dans le domaine du stumpwork moderne et les perles y sont superposées et rassemblées en grappes pour former framboises et autres petits fruits, ou recouvertes de fils ou rubans avant d'être fixées à la toile afin de créer glands et autres cerises.
Il n'est pas rare, non plus, de voir divers petits objets s'insérer dans les broderies : petits paniers d'osier, vases de terre, boutons décoratifs, miniatures diverses participent à l'ouvrage en y apportant une variation de matière intéressante.

Une possibilité que certains assimilent à une variante du boutis et autres technique d'appliqué, est l'ajout
de petits rembourrages qui viennent soulever la partie brodée.
Le plus courant est de réaliser la broderie sur un petit morceau de tissu (souvent de feutre fin) qui est ensuite fixé sur l'ouvrage et sous lequel on insère du molleton ou autre rembourrage.
Une autre solution est de poser un élément, de bois ou de feutre, sur l'ouvrage, et de réaliser les points par dessus. Les dits points seront alors soulevés de l'épaisseur de cet ajout, tout en le maintenant en place.
Contrairement aux autres techniques qui ne sont qu'exceptionnellement utilisées seules, il n'est pas rares de voir
des ouvrages dans lesquels le relief est donné exclusivement ainsi. C'est le cas, par exemple, dans
Stumpwork Figures (ci-contre),
un très bon ouvrage de Kay & Michael Dennis.

Pour aller plus loin dans le relief et "séparer" la broderie de son support, on utilise une armature, souvent un
fil de fer, qui va maintenir et fixer à l'ouvrage un élément brodé par ailleurs.
Il s'agit de la technique la plus spectaculaire, et souvent considérée comme la plus représentative du Stumpwork, et pourtant elle est simple à mettre en oeuvre et beaucoup plus facile à réaliser qu'il n'y parait.
En général, le fil de fer est fixé sur la toile (et masqué) par un simple point de feston ou autre point de couchure et il suffit de découper le contour pour obtenir un élément qui sera simplement rapporté sur l'ouvrage principal.
Les utilisations les plus fréquentes sont les feuilles et pétales de fleurs, ou les ailes de papillons et libellules.

Je l'ai dit à plusieurs reprises, ces techniques sont beaucoup plus spectaculaires que difficiles et la meilleure
solution pour s'en rendre compte est d'essayer. Heureusement pour nous, on trouve maintenant de nombreux livres en
français sur le sujet, et le choix des modèles est de plus en plus important.
Dans la littérature sur le sujet, je citerai en particulier :
- Broderie au ruban et en relief de Di van Niekerk, destiné aussi bien aux débutants qu'aux
passionnés. LE livre à vous procurer si vous souhaiter vous faire une idée pratique de la broderie en relief.
- The Complete Book of Stumpwork Embroidery, de Jane Nicholas. Beaucoup plus technique et, malheureusement,
en anglais uniquement, mais, comme son nom l'indique, extrêmement complet.
- Broderie en relief : Précieuse et aérienne
de Véronique Richard. Outre de bonnes explications, vous y découvrirez des modèles extrêmement contemporains et élégants.
Quant aux créateurs, ils sont de plus en plus nombreux. J'ai déjà cité Kay & Michael Dennis, Di Van Niekerk, Jane Nicholas et Véronique Richard. Je vous conseille d'admirer également les créations de Alison Cole, Jane Kerton, Jennifer Bee, Loretta Holzberger, Helan Pearce, Francine Leclercq, Lesley Turpin-Delport, Gary Clarke, et tous ceux que je m'excuse d'oublier sur l'instant...
